the cove
Alors que le film Océans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud fait actuellement un carton dans les salles obscures, c’est un tout autre film qui a su capter notre attention et mérite la vôtre. Loin d’être un documentaire écologique faisant l’apologie de la richesse de Dame Nature, c’est une véritable dénonciation qui fait scandale, une vérité qui dérange et surtout, qui choque ! The Cove : la baie de la honte, vous embarquera au cœur du combat que mène depuis maintenant plusieurs années Richard O’Barry. Dans les années 1960, ce dernier était le dresseur des dauphins de la série Flipper. Aujourd’hui, il se bat contre le massacre des dauphins dans la baie de Taiji, une petite ville côtière du Japon. Chaque année 23 000 dauphins y trouvent la mort, d’autres, plus chanceux, seront revendus à des delphinariums. Le réalisateur Louie Psihoyos nous épargne de longs discours mais laisse parler les images. Avec l’aide de diverses caméras (thermiques, sous-marines, infrarouges…), beaucoup d’ingéniosité et une équipe digne d’Ocean’s Eleven (film auquel il se permet de faire un petit clin d’œil), il nous offre une immersion au cœur d’un monde où l’homme est roi, et l’animal sa proie. Des mammifères sauvagement tués à la chaîne, un monde où la cruauté humaine dépasse tout ce que l’on a pu imaginer. Le film est produit par Luc Besson, amateur de dauphins, qui l’avait mis en scène dans le film culte Le Grand Bleu. Un document choc à découvrir en Blu-Ray et DVD.
A cette occasion, Sansure vous invite à découvrir ci-après l’interview exclusive de Pierre De Vreyer, responsable du blog sur les Dauphins :


Sansure : Pouvez-vous nous expliquer le principe de votre blog ?

Pierre De Vreyer : Le blog sur les Dauphins a trois objectifs : 1) Apporter des informations sur les cétacés et plus particulièrement sur les dauphins, 2) Relayer les actions entreprises pour protéger ces animaux, 3) Servir de lieu d’échange et de partage pour tous ceux que le sujet passionne. On y trouve des articles de fond et d’actualité, des vidéos, des photos, des interviews et depuis peu un forum. Le slogan du blog me semble bien résumer son but : « Informer et promouvoir pour mieux protéger ». J’essaye de sensibiliser les lecteurs et, surtout, de leur donner les moyens d’agir s’ils le souhaitent.

Comment décririez-vous le film The Cove : la baie de la honte, qui illustre le massacre des dauphins dans la ville de Taiji, au Japon ?

C’est un film très fort, très prenant, même pour des personnes qui, à l’origine, n’auraient qu’un intérêt limité pour les dauphins. Il démonte les rouages de ce qui se passe à Taiji et donne envie d’agir. En cela, il remplit parfaitement son rôle de film “militant”. A la sortie du film, la réaction des gens est généralement la suivante : “Qu’est-ce qu’on attend pour mettre un terme à ces massacres absurdes ?!”.

Ceci dit, le film ne traite pas seulement des massacres à Taiji (les scènes de tuerie sont d’ailleurs très limitées : à peine une minute sur 1h34). Il expose savamment le lien entre cette activité et l’industrie des delphinariums. Quand les dauphins sont capturés, une petite partie d’entre eux est en effet revendue à des parcs aquatiques – pour des prix pouvant atteindre les 150 000$ !

The Cove traite encore de la contamination de la viande de dauphin par le méthyle de mercure, extrêmement toxique. C’est un des arguments forts du film : massacrer et manger des dauphins ne pose pas seulement un problème éthique, mais représente aussi un grave danger de santé publique. Des études menées à Taiji viennent de montrer que les habitants de la ville qui consomment cette viande ont des taux de contamination au mercure 10 fois supérieurs à la moyenne japonaise !

Le film relate enfin la destinée personnelle de Ric O’Barry qui, après avoir été le dresseur des dauphins sur la série Flipper, a décidé de lutter contre l’industrie des delphinariums. Cette vocation date de 1970 et a fait suite au suicide de Cathy, la dauphine principale de la série. Comme il le dit lui-même, Ric porte une part de responsabilité dans l’émergence de cette activité extrêmement lucrative. Aujourd’hui, il est le plus actif et le plus fervent défenseur des dauphins.

D’un point de vue strictement cinématographique, The Cove est monté à la manière d’un thriller – un peu comme un Ocean’s Eleven écologique. C’est ce qui l’éloigne des formats classiques du style documentaire (c’est l’antithèse de Une vérité qui dérange par exemple !) et je pense que c’est ce qui en fait la force et l’originalité.
Le film a d’ailleurs rencontré un succès critique phénoménal. Récompensé dans plus de 30 festivals, il vient d’être nominé aux Oscars !

Selon vous, le film aura-t-il un réel impact sur la population et ce qui se passe à Taiji ?

A vrai dire, le film a déjà eu un impact. Cet été, la ville jumelle de Taiji (Broome, en Australie), a décidé de suspendre ses relations de jumelage tant que les massacres de dauphins n’auraient pas cessé. Ceci a eu deux conséquences. Premièrement, les médias japonais se sont mis à parler des massacres. Deuxièmement, les pêcheurs ont semblé appliquer, pendant un temps, une politique de “non massacre” des dauphins. Ceux qui n’étaient pas revendus aux delphinariums ont été libérés.

Cette petite victoire a cependant eu un goût amer : les globicéphales, fausses orques ou dauphins de Risso étaient toujours abattus. Cela donnait l’impression que les pêcheurs jouaient sur les mots de la déclaration de Broome, en arrêtant de massacrer des dauphins de type “Flipper” mais en continuant à tuer les autres. Puis Broome est revenue sur sa décision en octobre et a renoué ses liens avec Taiji. Peu après, nous avons appris que les captures et les massacres avaient repris. A l’heure actuelle, les dauphins sont toujours massacrés.

Le meilleur espoir de faire cesser cette tuerie réside dans la destinée médiatique de The Cove. Si le film continue à faire parler de lui et que les gens continuent de se mobiliser, je pense que le gouvernement japonais finira par mettre un terme à ces massacres, non seulement à Taiji, mais dans tout le Japon – d’autant plus que la viande de dauphin est extrêmement délétère.

Dans ce contexte, un Oscar arriverait à point nommé. Le film, qui n’a pas de distributeur au Japon (seules 300 personnes l’ont vu en salle !), ne pourrait plus être passé sous silence. Ceci est très important car, dans le fond, je pense que les Japonais eux-mêmes sont les mieux placés pour contester cette pratique révoltante.

Concrètement, que peut-on faire pour agir face à de tels actes de barbaries ?

Je pense que le plus utile est de supporter Save Japan Dolphins, l’association de Ric O’Barry. Les dons servent à financer les voyages à Taiji et permettent de maintenir la pression sur place. Il existe également des pétitions qui peuvent être signées en ligne. Enfin, il est important de faire le plus de bruit possible autour de The Cove. N’importe qui peut devenir “Cove Captain” : il suffit d’avoir le DVD et d’organiser une projection (chez soi, dans une association, une bibliothèque…) suivie d’une conférence/débat.

Le film est produit par Luc Besson, le réalisateur du Grand Bleu, qui avait lui-même utilisé des dauphins en captivité pour les besoins du tournage. Par ailleurs, Joséphine, l’une des dauphins ayant tournée dans le film est aujourd’hui en captivité au Marineland d’Antibes. Ne trouvez-vous pas tout ceci quelque peu paradoxal ?

J’ai eu l’occasion d’assister à l’avant-première du film. Luc Besson était présent et j’ai pu sentir à quel point le sujet lui tient à cœur. Lors de sa présentation aux côtés du réalisateur, il a décrit les dauphins comme « nos cousins ». Mon intuition est qu’il se passionne pour eux depuis longtemps (l’expression qu’il a employé me fait d’ailleurs penser à un classique des années 60 : Dauphin mon cousin). De plus, ce n’est probablement pas un hasard si des dauphins apparaissent sur le logo d’EuropaCorp (sa société de production et de distribution)… Ensuite, je dois avouer ne pas bien connaître l’histoire des dauphins qui jouaient dans Le Grand Bleu. Il est en effet regrettable que des dauphins captifs aient dû être utilisés. Néanmoins, je retiens cette image : celle des personnages du film libérant en pleine nuit un dauphin, pour lui permettre de retourner à la mer. Je pense que le message de cette scène est très fort, et surtout, parfaitement clair.

Quel regard portez-vous sur les parcs comme Marineland ou Sea World ?


Pas positif, c’est certain ! Ces delphinariums exploitent les dauphins et orques captifs pour le profit, tout en s’abritant derrière une pseudo-justification « éducative ». Or, il n’y a absolument rien d’éducatif à voir des dauphins effectuer pirouettes et pitreries pour obtenir leur pitance journalière. Les dresseurs affirment au public que les dauphins s’amusent, qu’ils aiment ça… C’est absurde.

Comment un animal dont le principal sens est l’ouïe apprécierait-il d’endurer les haut-parleurs, ainsi que les cris et les applaudissements des spectateurs ? Comment un animal qui peut parcourir jusque 100 kilomètres en une journée aimerait-il être enfermé dans un bassin de béton de quelques mètres de profondeur ? Ce type d’exploitation s’apparente, de mon point de vue, à de l’esclavage. Ce n’est que pour obtenir leur nourriture que les dauphins se plient aux ordres des dresseurs (et ils peuvent consommer jusqu’à 25 kilos de poisson par jour !). Dès qu’ils sont repus, ils cessent d’obéir et n’en font plus qu’à leur tête. Hélène O’Barry, la femme de Ric, l’a admirablement expliqué dans une interview réalisée avec des dresseurs cubains.

Malgré le fait que les dauphins ne sont pas fait pour la vie en captivité, êtes-vous d’accord que dans un parc tel que le Marineland d’Antibes, les animaux sont traités avec soin et respect et encadrés par une équipe de professionnels et spécialistes sur le sujet ?


Les dresseurs de dauphins sont sans doute des amoureux des dauphins et j’imagine que c’est pour vivre auprès d’eux qu’ils se sont engagés dans cette carrière. Je suis donc persuadé que ceux du Marineland d’Antibes les traitent avec autant de soin qu’il est possible de leur apporter dans l’environnement déplorable d’un bassin d’eau chlorée… Malheureusement, cela ne change rien au fait que les dauphins captifs sont stressés (certains en viennent à se mutiler voire à se suicider), qu’ils tombent très facilement malades, et qu’ils vivent au minimum deux fois moins longtemps que leurs congénères sauvages… Les conditions du bien-être pour ces animaux ne peuvent être remplies dans un delphinarium.

Ensuite, s’agissant du respect… Comment dire ?... Est-il respectueux de participer à l’asservissement d’une espèce aussi intelligente et aussi mal adaptée à la captivité ? Personnellement, je ne pense pas. Les contraindre pour obtenir d’eux qu’ils obéissent me semble incompatible avec la notion même de respect.

De plus en plus de parcs proposent à leurs visiteurs de toucher, caresser voir même de nager avec des dauphins pour des sommes parfois exorbitantes (jusqu’à 400 euros pour passer une dizaine de minutes dans l’eau en compagnie d’un dauphin). Pensez-vous que ce type d’attractions représente un réel danger pour l’animal ?

Les dangers pour les dauphins sont plus ou moins les mêmes que ceux des delphinariums, si ce n’est qu’on doit y ajouter les comportements intrusifs des nageurs. Mais il faut également prendre en compte les dangers encourus par ces derniers. Il n’est pas rare que des gens soient blessés par des dauphins captifs. Le plus souvent, il s’agit de morsures. Néanmoins, des accidents plus graves se produisent parfois. Très récemment, en Turquie, une orque a par exemple tué son dresseur. Enfin, il faut savoir que, même si les dauphins nous viennent plus souvent en aide qu’ils ne nous violentent, des accidents mortels se sont déjà produits. Au Brésil par exemple, un dauphin solitaire (ou « dauphin ambassadeur ») a tué un homme qui s’amusait à boucher son évent avec un bâton… Les dauphins sont des animaux extrêmement puissants. Ceux qui voudraient nager avec eux doivent savoir qu’il existe un risque.

Dans le film, des passants de la ville de Tokyo sont interrogés pour savoir si ils sont au courant de ce qui se passe à Taiji, et visiblement, ils semblent tous surpris et totalement ignorants de ces pratiques. Ne pensez-vous pas que c’est un secret de polichinelle, que beaucoup sont au courant mais que personne n’ose en parler ?

Non, je pense sincèrement que la très grande majorité des Japonais n’a aucune idée de ce qui se déroule à Taiji. La raison en est que les médias japonais parlent très peu de ce sujet. Avant The Cove, il existait même un véritable black-out médiatique sur les massacres de dauphins.  Il faut veiller à ne pas mettre tous les Japonais dans le même sac. Pour cette raison, je pense également que boycotter les produits japonais n’a pas de sens. D’autant plus que seul environ 1% de la population japonaise mange du dauphin.

Hormis le massacre des dauphins et baleines à travers le monde qui ne devrait pas exister, quelles sont les choses que vous déplorez encore à l’heure actuelle ?

Faut-il en faire une liste ? Elle risque d’être très (malheureusement trop) longue !  Les droits de l’Homme bafoués, les inégalités sociales, la destruction de l’environnement, les politiques criminelles, et l’incapacité fondamentale de l’espèce humaine à régler de manière constructive la majorité des problèmes qu’elle-même suscite (qu’ils soient politiques, environnementaux ou autres) en font partie.

Parfois, on me demande à quoi bon se préoccuper des dauphins alors que les catastrophes humaines et humanitaires sont légion. Je ne pense qu’il faille poser le problème en ces termes. Ce n’est pas parce qu’on décide d’aider à la résolution d’un problème particulier que les autres ne nous concernent pas, bien au contraire ! En revanche, il est impossible de tout faire à la fois. C’est donc en se spécialisant dans la défense d’une cause qu’on peut espérer la servir au mieux. Telle association se consacre à la défense de l’environnement, telle autre à la défense des droits de l’Homme. Au final, leurs actions ne s’opposent pas : elles sont complémentaires.

Si vous aviez un message à faire passer, lequel serait-ce ?

Concernant les dauphins, il est évidemment celui-ci : “Ne vous rendez pas dans les delphinariums. Lorsque vous assistez à ce genre de spectacles, vous participez à une exploitation immorale et à la perpétuation des massacres à Taiji”. Et j’ajouterais : “Regardez The Cove pour vous en convaincre et prenez part à la mobilisation en devenant Cove Captain !”

Propos recueillis par Lucas G.

Sansure a mené l’enquête...
Dans son interview, Pierre De Vreyer, nous indique que les animaux détenus en captivité dans les parcs aquatiques sont stressés, à cause de leur conditions de vie. Dans cette vidéo choc une orque affolée cherche à noyer son soigneur.

Pierre De Vreyer nous explique également que les animaux ne se plient aux ordres des soigneurs dans le seul but d’obtenir de la nourriture, puisque c’est par ce biais que les soigneurs arrivent à obtenir ce qu’ils veulent des dauphins et autres orques. Le 20 Février 2008, durant un spectacle au Sea World de San Diego (Etats-Unis), Shamu, l’orque star du show, s’attaque violemment à un pélican ayant eu le malheur de se poser sur le bassin. Rapidement, ce dernier devient le plat principal et est partagé entre plusieurs congénères. Les soigneurs, médusés, sont contraints d’arrêter le show quelques instants, et l’un d’entre eux s’en va récupérer les restes du Pélican dans le bassin. Regardez cette scène surprenante en cliquant ici.

Toujours dans ce parc, on a pu voir des orques affamées se jeter hors de l’eau pour tenter d’attrapper des volatiles se pavanant autour du bassin : les images sont ici.

Nous avons également appris que le fait de séparer ces animaux de leurs congénères restant à l’état sauvage, pouvait en plus de stresser l’animal psychologiquement et le désorienter, le pousser… à l’inceste ! Il n’est pas rare de voir dans certains delphinariums des animaux s’accoupler entre père et fille par exemple. Nous sommes tombés sur cette vidéo, complètement hallucinante où l’on y voit un dauphin sautant hors de l’eau pour tenter de s’accoupler avec… un humain !

“Les dauphins sont des animaux extrêmement puissants. Ceux qui voudraient nager avec eux doivent savoir qu’il existe un risque”, nous prévient Pierre De Vreyer. Effectivement, nombreux sont les témoignages d’internautes expliquant quelques accidents survenus lors des “Dolphin Interaction Programm”, proposés dans les parcs comme Sea World ou le Marineland d’Antibes. Les dauphins, stressés, fatigués ou ne se sentant pas en confiance peuvent parfois mordre les visiteurs trop tactiles. Mais le risque est d’autant plus important pour ceux qui tenteraient de nager auprès d’eux, ou, pire encore, de monter sur le dos d’une orque. Une jeune fille, qui tentait de se prêter à cet exercice a passé un mauvais moment à cause d’une orque pas très coopérative.

Nous ne pouvons évidemment porter un quelconque jugement sur les divers delphinariums, car ce n’est pas notre rôle. Mais il reste évident que ces cétacés ne sont en rien fait pour la vie en captivité, qui semble, malgrès tout l’amour et les différents soins quotidiens apportés par les équipes de soigneurs, leur faire beaucoup plus de mal que de bien. Cependant, dire que le côté pédagogique de ces parcs n’existent pas, et qu’ils ne sont que des pompes à frics, n’est pas une vérité en soi non plus. En effet, il est instructif pour un enfant de pouvoir étudier de ses propres yeux la morphologie d’un dauphin ou d’une orque. Au-delà des spectacles de pirouettes, ces parcs permettent aux enfants de voir ces mammifères marins en vrai. Il sera toujours plus facile et beaucoup moins coûteux d’emmener ses enfants dans un delphinarium, plutôt que de les emmener les rencontrer dans leur milieu naturel avec le risque de ne même pas les croiser ! Quoiqu’il en soit, le débat sera toujours ouvert et désormais, il vous appartient ! Vous avez vu le film The Cove ? Vous avez déjà été dans un delphinarium ? Nous attendons vos réactions et vos commentaires !
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