Il y a 15 ans, racheter PriceMinister pour 200 millions d'euros semblait être le coup du siècle. Rakuten, mastodonte japonais du numérique, mettait la main sur le fleuron du e-commerce français, la plateforme où toute une génération avait vendu ses vieux CD et acheté des jeux d'occasion. En 2026, cette même entité cherche désespérément quelqu'un pour reprendre le bébé. Sinon, le site s'éteint.
La direction a confirmé début mai le lancement d'une procédure de cession. Le message est clair : soit un repreneur se manifeste, soit la marketplace ferme ses portes à partir du troisième trimestre 2026. Ce sont 180 salariés qui sont directement concernés par cette épée de Damoclès.
Les chiffres donnent le vertige. En 10 ans, le nombre de clients a fondu de 33 % et le trafic sur le site a reculé de 42%. Des investissements massifs ont été injectés pour tenter de redresser la barre : refonte de la plateforme, intégration de l'intelligence artificielle, efforts de modernisation. Rien n'y a fait. Le marché a muté trop vite, et Rakuten France a regardé le train passer.
Ce train, il avait un nom, enfin plusieurs même. Amazon d'abord, qui a transformé le e-commerce en religion mondiale. Puis Vinted, qui a capté toute la seconde main avec une exécution produit chirurgicale. Et enfin Shein, Temu et consorts, qui ont redéfini le rapport au prix avec une brutalité que personne n'avait anticipée à cette échelle. Rakuten France se retrouve coincé entre ces mastodontes sans avoir su occuper de niche suffisamment défendable.
Il y a quelque chose d'un peu triste dans cette histoire. PriceMinister, c'était une vraie success story française, fondée en 2000, rachetée quand elle était au sommet. Le changement de nom en 2018 avait déjà fait grincer des dents : pourquoi effacer une marque que les Français connaissaient et aimaient ? En rétrospective, cette décision ressemble à une erreur de branding majeure dans un secteur où la confiance et la familiarité valent de l'or.
Le groupe Rakuten, lui, ne s'effondre pas. Il se réoriente. Télécommunications avec Rakuten Symphony, contenus numériques avec Rakuten Kobo, messagerie avec Viber. La France devient une variable d'ajustement dans une stratégie globale qui a visiblement décidé que les marketplaces généralistes en dehors du Japon et de Taïwan ne valaient plus la peine d'être maintenues à bout de bras.
Pour les vendeurs tiers qui utilisaient encore la plateforme, pour les 9,5 millions de visiteurs uniques mensuels encore enregistrés fin 2025, la question est maintenant de savoir qui pourrait vouloir reprendre cet actif. Une marque abîmée, une part de marché résiduelle, mais aussi une infrastructure, des données, et peut-être une base de marchands fidèles qui n'ont nulle part où aller facilement.
Source : Stratégies
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