Jusqu'au 13 juillet le Musée Postal de Paris accueille une exposition qui bouscule trois siècles de représentation figée : « Toutes Marianne(s) - Liberté(e), Égalité(e), Fraternité(e) ». Imaginée par la photographe Sylvie Castioni et la commissaire Annelise Stern, elle rassemble 92 portraits de femmes qui incarnent chacun une interprétation intime des valeurs républicaines.
Le casting est délibérément hétérogène. On reconnaît des figures du grand public : Anne Roumanoff, Claudia Tagbo, Sylvie Tellier, Caroline Vigneaux, Frédérique Bel, Reem Kherici, Énora Malagré, Suzane, … Elles sont aux côtés de femmes aux parcours moins médiatisés mais tout aussi forts : la championne paralympique Nantenin Keita, Julie Bourges grande brûlée, Marie Colin en situation de handicap. Toutes portent le bonnet phrygien, symbole de liberté. Mais chacune le fait à sa façon, chargée de sa propre histoire.
Ce qui frappe dans le projet de Sylvie Castioni, c'est précisément ce refus du modèle unique. La Marianne que l'on connaît, froide et marmoréenne, disparaît au profit d'une multiplicité de corps, d'âges, de trajectoires. La démarche s'ancre dans un engagement de long terme de la photographe pour les droits des femmes et les droits humains, nourri par une expérience personnelle déterminante. Plutôt que de proposer une nouvelle effigie officielle, elle choisit de multiplier les regards.
L'exposition ne se limite pas aux tirages photographiques. Le parcours, déployé sur plusieurs niveaux du musée, est conçu comme une immersion : 91 portraits photographiques dans les différents espaces, et une ultime œuvre inédite dédiée à trois postières de générations différentes, symbole de transmission. Des dispositifs de réalité augmentée accessibles via QR codes permettent de découvrir témoignages, coulisses et prises de parole. Des portraits en mouvement donnent enfin la voix aux femmes photographiées, littéralement.
Le choix du Musée Postal n'est pas anodin. Le musée abrite une collection exceptionnelle de timbres sur lesquels Marianne a figuré sous des centaines de formes depuis la Révolution. Mettre ces nouvelles photographies en dialogue avec cet héritage philatélique crée un effet de mise en abyme saisissant : on mesure à la fois la permanence du symbole et l'étroitesse de ses représentations passées.
À une époque où les débats sur l'identité nationale tournent souvent à vide, « Toutes Marianne(s) » choisit une autre voie : montrer plutôt que discourir, multiplier plutôt qu'uniformiser. C'est une exposition qui fait du bien, non pas parce qu'elle rassure, mais parce qu'elle dérange exactement là où il le faut.
Source : Paris Match, Musée Postal
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